« Ces chiffres laissent presque sans voix. » Ce sont les mots de Pascal Boulanger, président de la FPI (fédération des promoteurs immobiliers), pour ouvrir la conférence de presse de ce mardi 12 mai 2026. Attendus avec impatience par toute la filière, les résultats du premier trimestre devaient confirmer les premiers effets du dispositif Jeanbrun et du Plan Relance Logement. Le verdict est tombé : le marché du neuf replonge.
Taux Empruntis relevés le 11/06/2026
T1 2026 : des chiffres qui laissent (presque) sans voix
Après une mise en contexte nécessaire, mais peu rassurante sur l'économie globale : inflation qui remonte, loin des pronostics du début d'année, croissance à l'arrêt, et investissement des ménages lui aussi en berne, les chiffres ont été annoncés par Pascal Boulanger.
On pourra retenir une ou deux nouvelles encourageantes, mais difficilement qualifiées ne serait-ce que de « lueur d'espoir ténue » par Pascal Boulanger. En effet, la FPI observe une remontée importante des autorisations de logement au T1 2026, avec un chiffre en hausse de + 29,3 % par rapport au T1 2025. Une bonne nouvelle rapidement nuancée et justifiée par une dynamique déjà observable en 2014 et 2020, due aux élections municipales. De plus, malgré ce pic, on reste loin des niveaux observés entre 2015 et 2018, lorsque le marché était sous son meilleur jour.
Les ventes : la chute se poursuit
Puis vint la cascade de mauvaises nouvelles. En premier lieu : les ventes. Toujours en baisse, elles connaissent une chute de - 14,3 % par rapport au T1 2025, et établissent un total de 19 050 logements réservés. Les ventes aux particuliers reculent moins vite (- 10,8 %) que la moyenne globale. Une relative résistance qui s'explique en partie par des taux de crédit immobilier encore contenus, à 3,18 % en moyenne sur le neuf au T1 2026, même s'ils amorcent une légère remontée. C'est surtout du côté des ventes en bloc, principalement aux bailleurs sociaux, que la chute est la plus sévère : - 35 %. Les organismes n'ont plus les fonds propres pour maintenir ou alimenter leurs achats.
Dans ce marasme, on peut cependant déjà observer un effet positif de la mise en place du dispositif Jeanbrun, avec une hausse de + 22,8 % des ventes aux investisseurs lors de ce premier trimestre.
Les mises en vente : un plancher historique
Évidemment, dans un contexte où les réservations s'effondrent, les mises en vente suivent le même chemin, si ce n'est de façon encore plus marquée. La FPI recense seulement 11 649 logements mis en vente sur ce premier trimestre, un niveau jamais vu depuis que l'indicateur est mesuré (- 21,2 % sur un an).
Alors, à quoi bon lancer des projets s'ils ne se vendent pas ? L'inquiétude ne s'arrête pas là, car le taux de retrait d'opérations grimpe à 24 %, alors qu'il stagnait à 15 % il y a un an. Il faut comprendre par là que près d'un quart des projets sont suspendus ou abandonnés en cours de commercialisation.
Des délais d'écoulement qui donnent le vertige
Enfin, le délai d'écoulement connaît lui aussi une dynamique inquiétante, « de mémoire d'homme, on n'a jamais vu de chiffres pareils sur les délais d'écoulement." assène le président de la FPI. L'asphyxie économique a un impact direct sur les ménages et sur les investisseurs. Celui-ci atteint 19,9 mois en moyenne nationale, et aucune région ne connaît une moyenne inférieure à 12 mois, niveau idéal auquel un promoteur aspire. Pire encore, Orléans atteint un chiffre inquiétant de 44 mois.
Le dispositif Jeanbrun : espoir ou mirage ?
Si les chiffres et le ton de Pascal Boulanger sont alarmants, il tient aussi à souligner un suivi et un investissement politique plus rassurants que sur ces dernières années. Comme annoncé dans l'introduction, des mesures phares voient le jour et semblent prendre la mesure de l'ampleur de la crise. Plan Relance Logement, dispositif Jeanbrun, réintroduction du logement dans le débat public : autant de signaux positifs qui tranchent avec la sévérité des chiffres. En février dernier, Pascal Boulanger déclarait dans notre interview que « La France reconnaît de nouveau le rôle essentiel de l'investisseur locatif privé » et affichait de l'optimisme. Si l'heure du bilan pour le dispositif Jeanbrun n'est pas encore arrivée, à peine trois mois après sa mise en place, les premières remontées de terrain ne semblent pas encore à la hauteur des espérances.
L'objectif affiché était de retrouver un total de 4 000 logements vendus par mois aux investisseurs privés, pour atteindre un chiffre annuel de 60 000. Pour l'instant, le constat du président de la FPI est sans appel : « On est très loin du compte. » En cause : une mise en place qui prendra du temps, mais surtout un conflit au Moyen-Orient annoncé seulement sept jours après la mise en place dudit dispositif.
Le marché du neuf est donc en souffrance, mais il n'est pas encore à l'arrêt. Le dispositif Jeanbrun n'a que quelques semaines d'existence, et comme le rappelle la FPI, il est encore trop tôt pour le condamner. D'autant plus que Pascal Boulanger s'entretient régulièrement avec le Premier ministre Sébastien Lecornu pour ajuster le dispositif au fil de ses premières semaines de mise en œuvre.
Si le contexte géopolitique se stabilise et que l'ensemble de la chaîne joue le jeu, le second trimestre pourrait donner de premières indications plus claires, et peut-être plus positives, pour l'avenir du marché de l'immobilier neuf.
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