
Après une année 2025 marquée par une chute brutale de 85 % des ventes aux investisseurs, le secteur immobilier voit enfin poindre une éclaircie. Aux côtés de la stabilité retrouvée des taux de crédit immobilier en ce début d'année 2026, qui redonne de la visibilité aux acheteurs, le dispositif Jeanbrun entre officiellement en vigueur. Ce nouveau statut du bailleur privé porte une ambition de taille : bâtir 2 millions de logements d’ici 2030.
Pour décrypter les enjeux de ce dispositif de soutien à l’investissement locatif basé sur l’amortissement et l'état d'esprit des bâtisseurs, nous rencontrons Pascal Boulanger, président de la Fédération des Promoteurs Immobiliers (FPI) et acteur clé des négociations avec l’État.
Pascal Boulanger, nous sortons d'une année 2025 où la sonnette d’alarme a été tirée. Les chiffres étaient mauvais : une chute de 85 % des ventes aux investisseurs, avec moins de 2 500 logements par trimestre. Aujourd'hui, le dispositif Jeanbrun est là.
Quel est votre sentiment global à la promulgation officielle de ce dernier ? Portez-vous sur 2026 un regard d'optimisme de combat, ou commencez-vous à voir une réelle inversion de la courbe sur le terrain ?
Le statut du bailleur privé – que certains appellent dispositif Jeanbrun – est pleinement opérationnel depuis le 21 février, au lendemain de la publication de la loi de finances pour 2026. C’est une étape majeure.
Soyons lucides : il est évidemment trop tôt pour constater une inversion tangible de la courbe des ventes sur le terrain. Le marché immobilier ne se retourne pas en quelques jours. Mais ce qui compte aujourd’hui, c’est le signal. Et ce signal est clair : la France reconnaît de nouveau le rôle essentiel de l’investisseur locatif privé dans l’équilibre de toute la chaîne du logement.
"Les conditions sont réunies pour que ce dispositif devienne un levier puissant de relance."
Nous sommes extrêmement satisfaits de cette avancée. Elle n’est pas le fruit du hasard. Elle est le résultat d’un travail de fond, mené avec constance et détermination. Nous avons déployé une énergie considérable pour que ce dispositif voie le jour dans la loi de finances pour 2026. Aujourd’hui, tous les promoteurs sont mobilisés. Ils croient à ce statut. Ils se sont préparés. Les outils commerciaux sont en place, les équipes se forment.
L'objectif gouvernemental du "Plan relance Logement" est fixé à la construction de 2 millions de logements d'ici 2030. C'est un objectif fort. Vous avez récemment suggéré que "la fin justifiera les moyens".
Si le dispositif Jeanbrun ne produit pas l’électrochoc attendu dès cet été, quels autres leviers pourront être explorés avec l’État ?
Chaque chose en son temps. Avant d’envisager un éventuel échec, notre responsabilité collective est de tout mettre en œuvre pour que le dispositif soit un succès. Il vient d’entrer en application. Nous devons tout faire pour qu’il soit connu.
C’est précisément pour cela que la FPI a décidé de lancer une campagne de communication dédiée. Nous mobilisons également nos adhérents pour qu’ils maîtrisent parfaitement le dispositif et soient en capacité de répondre aux interrogations des investisseurs. En parallèle, nous échangeons régulièrement avec les pouvoirs publics, les réseaux bancaires et les conseillers en gestion de patrimoine. L’objectif est clair : aligner tous les acteurs de la chaîne pour maximiser l’impact du dispositif.
Nous mettons toutes nos forces dans la réussite de cette réforme. Si, à l’épreuve des faits, des ajustements s’avèrent nécessaires pour atteindre les objectifs, nous les examinerons avec l’État de manière pragmatique. Les leviers existent : simplification normative, mobilisation des maires bâtisseurs, notamment. Mais aujourd’hui, la priorité est simple : faire réussir le dispositif.
On peut déjà observer des réactions mitigées sur la mise en place du dispositif Jeanbrun, qui semble moins généreux que prévu. Pour l’ancien, par exemple, on finit avec un amortissement de 3 % pour 30 % de travaux, là où vous demandiez 4 % pour seulement 15 à 20 % de rénovation.
Cette "version édulcorée" sera-t-elle suffisante pour répondre aux objectifs ?
La défense auprès des pouvoirs publics a été portée non seulement par la FPI, mais par l’ensemble des membres de l’Alliance pour le logement, notamment la FFB, la FNAIM et d’autres acteurs majeurs de la filière. C’est une mobilisation commune qui a permis d’aboutir.
La question spécifique de l’ancien concerne davantage la FFB ou la FNAIM, et c’est à eux d’en apprécier les paramètres techniques. La FPI représente avant tout les promoteurs de logements neufs. Ce que je peux dire, en revanche, c’est qu’il faut garder le sens des réalités. Fin 2024, avec la disparition du Pinel, il ne restait plus rien. Plus aucun dispositif structurant pour soutenir l’investissement locatif privé. L’année 2025 a été extrêmement difficile précisément pour cette raison.
Aujourd’hui, nous avons de nouveau un cadre stable et pérenne. C’est un socle. Il est perfectible, comme toute réforme, mais il existe. Et dans une période où la production de logements doit repartir, l’essentiel est de redonner confiance et lisibilité aux investisseurs.
La FFB, avec qui vous avez mené bataille pour obtenir ce statut, clamait dès la promulgation du dispositif que l’exclusion des maisons individuelles était une “erreur stratégique”. Est-ce là, selon vous, la première piste d’évolution pour le dispositif ?
Vous voyez le gouvernement une fois par mois pour assurer un suivi de la mise en place du plan : ces réunions servent-elles à préparer des ajustements législatifs rapides ou sentez-vous que les prochaines municipales pourraient freiner les ardeurs de réforme ?
Je veux d’abord saluer très clairement la méthode retenue par le gouvernement. Mettre en place des réunions mensuelles de suivi est une excellente initiative. C’est une démarche de pilotage, de dialogue et de responsabilité partagée. Je ne peux que m’en féliciter.
Ces réunions ont un objectif simple : regarder la réalité en face. Comment le statut est-il approprié par les professionnels ? Comment les réseaux bancaires l’intègrent-ils ? Quelle est l’appétence réelle des particuliers ? Comment les promoteurs se mobilisent-ils pour produire là où les besoins sont identifiés ? Tous les sujets seront sur la table. Il n’y aura aucun tabou. À ce stade, nous sommes dans une phase d’observation et de mise en œuvre. La priorité est de faire vivre le dispositif, de l’installer durablement. Le temps de l’ajustement viendra si les faits le justifient.
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