Tandis que le gouvernement annonce un renforcement du nouveau statut de bailleur privé, Sébastien Lecornu et son ministre du Logement Vincent Jeanbrun recevaient cette semaine Olivier Salleron à Matignon. Dans la foulée de cet entretien, le président de la Fédération française du bâtiment (FFB) a accepté de répondre aux questions d’Empruntis.
Le dernier communiqué de la FFB parle d’une « stratégie de petits pas » de la part du gouvernement : après votre échange avec le Premier ministre, diriez-vous que les particuliers doivent s’attendre à d’autres avancées législatives dans les semaines à venir ou, qu’au contraire, la fragmentation de l’Assemblée et les contraintes budgétaires amènent à envisager des reculs vis-à-vis des annonces faites ?
Olivier Salleron : Il y a dans le projet de loi l’extension du « Jeanbrun » à la maison individuelle ancienne et l’abaissement du seuil de travaux, passant de 30 à 20 %. Ces deux choses sont positives. Le Premier ministre et le ministre du Logement n’affichent pas de volonté de revenir en arrière sur ce dispositif et sur ce qu’ils ont annoncé et voté lors du budget 2026.
Ils ont promis de prolonger l’effort et même d’aller encore plus loin : ils veulent résoudre la crise du logement. Il s’agit de quelque chose d’essentiel pour nos concitoyens, qui consacrent 30 % de leur pouvoir d’achat à l’immobilier, que ce soit au travers du remboursement d’un prêt ou d’un loyer.
Vous appelez le gouvernement à lever la « dernière limite du neuf dans l’individuel » dans le dispositif Jeanbrun : considérez-vous que ce statut du bailleur privé est désormais l’outil le plus pertinent pour soutenir la relance du logement en France ? Ne craignez-vous pas de voir son extension venir menacer à terme le maintien du prêt à taux zéro (PTZ) ?
O.S. : Le PTZ est destiné aux primo-accédants, le « Jeanbrun » aux bailleurs privés : ça ne va pas s’opposer. Il faut de tout pour réussir la relance et pour atteindre l’objectif que s’est fixé lui-même le Premier ministre, avec deux millions de logements construits fin 2030. Je dis que c’est possible, car les moyens de production sont là.
Ce qui nous freine aujourd’hui, c’est surtout la guerre au Moyen-Orient. Elle entraîne des hausses du coût des matériaux, et peut-être aussi bientôt, malheureusement, l’augmentation des taux de crédit. Cela pourrait entamer l’attractivité du dispositif Jeanbrun pour les ménages et les familles françaises.
Vous semblez optimiste concernant l’activité du bâtiment en 2026. Est-ce que vous diriez que la crise est définitivement derrière nous et que le marché s’est enfin adapté à la fin des taux historiquement bas ?
O.S. : Pour le particulier qui souhaite investir, c’est le bon moment. Les taux ne reviendront probablement pas à 1 % d’ici longtemps. Il faut donc profiter des conditions actuelles à 3 – 4 % car on ne sait pas de quoi seront faites les années suivantes. Si j’avais un investissement à réaliser, je me lancerais sans aucun doute maintenant, d’autant plus que les devis sont validés actuellement et qu’il n’y a pas de pénurie.
Nous approchons de l’élection présidentielle. Pensez-vous qu’en matière de politique du logement, certaines décisions ne peuvent être véritablement tranchées qu’à l’occasion de ce scrutin ?
O.S. : Sur le logement, il y a une forme de consensus. Depuis la dissolution et malgré l’absence de majorité, il y a eu des avancées, notamment sur le PTZ ou le dispositif Jeanbrun. À mon sens, chaque programme comportera son chapitre sur le logement. Chacun a ses idées, mais construire et rénover est essentiel. Tout le monde en est conscient.
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