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Loïc Cantin (FNAIM) : " Après la crise de l'immobilier, la crise du logement est devant nous "

L'interview de Loïc Cantin, président de la FNAIM
Loïc Cantin (FNAIM) : " Après la crise de l'immobilier, la crise du logement est devant nous "

La première moitié de l’année 2026 vient de s’achever. Les acteurs du logement en profitent pour dresser un premier bilan de l’état du marché immobilier français. Pour certains, c’est aussi l’occasion de se projeter vers la prochaine élection présidentielle, à moins d’un an de l’arrivée d’un nouveau ou d’une nouvelle présidente de la République.

Loïc Cantin, président de la FNAIM, livre à Empruntis sa vision du marché immobilier et ses attentes vis-à-vis des programmes des candidats.

Nous sommes en juin 2026, moins d'un an avant la prochaine élection présidentielle de 2027. Dans quel état se trouve le marché immobilier français ?

Loïc Cantin : Il se trouve dans une situation extrêmement complexe et difficile, montrant des signes de désorganisation dans l'ensemble de ses composantes. L’immobilier doit d’abord reposer sur un secteur locatif solide, qui constitue la première étape du parcours résidentiel des Français. Or, l’accès à la location, comme à la propriété, est devenu de plus en plus difficile, notamment pour les plus jeunes et les ménages aux revenus modestes. Le parc social est censé combler les manques du secteur privé, mais il est aujourd’hui saturé par la demande.

Je considère que les 10 années de présidence d'Emmanuel Macron ont été marquées par 80 % d'ignorance sur les problématiques du logement : nous avons évolué dans l'ignorance avec des taux d’intérêt orientés à la baisse. Résultat, nous sommes passés à côté des véritables problèmes structurels du marché.

Je l'ai dit il y a quelque temps : après la crise de l'immobilier, la crise du logement est devant nous. Aujourd’hui, nous ne savons plus construire de logements neufs, nous n’attirons plus les investisseurs, nous n’accompagnons plus les jeunes ménages vers l’accession à la propriété et nous ne parvenons même plus à produire de logements sociaux. Voilà aujourd'hui la réalité du marché immobilier français au moment où Emmanuel Macron transmettra les rênes du pouvoir.

Lorsqu’un nouveau chef de l’État arrive au pouvoir, il hérite toujours des décisions du précédent. Emmanuel Macron laisse un héritage immobilier, avec notamment le statut du bailleur privé ou encore le plan Relance logement, qui prévoit la construction de deux millions de logements d’ici 2030. Cet héritage peut-il servir de levier pour relancer le marché ?

L.C. : Sur cette dernière année du quinquennat, nous avons observé un sursaut, avec l'arrivée de Vincent Jeanbrun (ministre du Logement actuel) et de Sébastien Lecornu (Premier ministre actuel). Ils ont compris que le logement était une urgence nationale.

Le plan Relance logement, même s’il arrive tardivement, fait partie des signes positifs que l'on peut retenir pour la succession de ce mandat. Il permet de dégager une perspective constructive et plus visionnaire pour l'avenir du logement en France. C’est un bon dispositif pour la reprise du logement. Hélas, ce redémarrage ne progresse pas au rythme que nous attendions. Aujourd'hui, le ministre du Logement se bat pour préserver ce dispositif en héritage.

En dehors de ces mesures, le gouvernement de Macron laisse également des passifs. La transformation de l'impôt sur la fortune (ISF) en un impôt sur la fortune immobilière a constitué un frein à l’investissement locatif. Il en va de même pour l’encadrement des loyers. Après huit ans d’expérimentation, il s’est révélé peu efficace pour le marché locatif. Il faudra encore attendre la fin de ce quinquennat pour savoir s’il sera renouvelé ou pas.

Je pense aussi à la loi Climat et Résilience. Interdire la mise en location de logements mal classés sur le plan énergétique est, à mes yeux, une mesure indécente, assortie d’un calendrier du gouvernement très restreint. De nombreux propriétaires sont obligés de renoncer à louer leurs habitations, faute de moyens pour financer les travaux, et faute de temps pour les réaliser.

Bien sûr, il faudra reconstruire avec cet héritage : redonner confiance à l'investissement locatif, accompagner les jeunes ménages sur le chemin de la propriété et réussir la rénovation énergétique du parc immobilier.

Au-delà de l’héritage politique, le contexte géopolitique et économique pèse également sur le marché. Les tensions au Moyen-Orient et l’évolution des taux directeurs de la BCE (Banque centrale européenne) peuvent-elles freiner une éventuelle relance en 2027 ?

L.C. : Notre histoire montre que les conflits géopolitiques ont provoqué des tensions économiques, notamment une remontée rapide des taux d'intérêt. Aujourd'hui, ces taux immobiliers restent relativement accessibles, mais chaque décision de la BCE sur les taux directeurs impacte immédiatement le marché immobilier.

Nous l'avons vu en 2025 : le marché a redémarré grâce à huit baisses successives des taux de la BCE, après un pic à 4 %. En revanche, la récente remontée des taux de 0,25 point fragilise à nouveau le marché. L’année 2026 s’annonce déjà comme une période de décrue des transactions immobilières, après la reprise en 2025. Nous passons d’un marché en convalescence à un marché en rechute.

En tant que président de la FNAIM, quelles sont vos attentes concernant les programmes des candidats en matière de logement ?

L.C. : Si nous ne savons plus construire de logements, ni accompagner les ménages, il est temps de définir une véritable stratégie sur les 15 ou 20 prochaines années, qui doit être orientée par le futur président de la République. L’important, c’est d’avoir une vision claire sur le logement des Français et une véritable analyse économique.

J’attends des candidats qu’ils s’attaquent aux véritables racines du mal, tant dans les grandes villes que sur le reste du territoire. La bonne nouvelle, c’est que les 11 groupes politiques présents à l’Assemblée nationale sont enfin conscients de la crise du logement.

Aujourd’hui, la politique du logement est trop complexe pour être laissée dans une errance permanente, entre les mains de ministres qui changent régulièrement et dont les dossiers ne se transmettent pas. L’absence de continuité n’aide pas à l’élaboration d’une vision sur le long terme. Il est essentiel de s'appuyer sur une réflexion commune de la société civile et des acteurs du secteur : bailleurs sociaux, propriétaires, fédérations professionnelles, promoteurs, constructeurs, banques, syndicats...

Tous doivent être entendus pour établir un constat global, avant de donner une véritable trajectoire politique et économique de l'immobilier à la France. De notre côté, à la FNAIM, nous avons hâte de voir les propositions des candidats.

 

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