Ce mercredi 9 septembre se tenait la conférence de presse trimestrielle de la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI). Animé par son président, Pascal Boulanger, ainsi que par le délégué général de la FPI, Didier Bellier-Ganière, le rendez-vous a pris un ton grave et aboutit à un constat sans équivoque : l’immobilier est en difficulté. Et c’est peu de le dire : Pascal Boulanger affirme même présenter les chiffres du « pire trimestre jamais enregistré (…) Tous les indicateurs vont dans le mauvais sens ». Présent pour l’événement, Empruntis vous résume le bilan semestriel de la FPI.
Taux Empruntis relevés le 12/10/2026
Ventes, offre, prix : ce que révèlent les chiffres de la FPI
Premier point, les ventes sont en chute libre. Avec un total de 19 356 réservations de logements neufs au deuxième trimestre 2026, le chiffre donne le vertige. Une baisse de 23,6 % par rapport au deuxième trimestre 2025, qui s’élevait à 25 333 réservations, soit en deçà de la moyenne 2020 – 2026, qui elle est établie à 28 829 réservations. Une situation qui s’explique principalement par une baisse de plus de 40 % des ventes en blocs. Des chiffres très similaires pour le bilan semestriel. Un premier semestre au plus bas, avec un marché « complètement sinistré ».
Dans le détail, les ventes aux propriétaires occupants reculent de 17,9 %, à 9 267 logements, quand les ventes aux investisseurs progressent de 13,4 %, à 3 427 logements.
Du côté des stocks, il semble que ceux-ci ne s’écoulent plus, ou a minima, mettent trop de temps pour le faire. Le délai d’écoulement national moyen monte à 21,4 mois au T2 2026. Un chiffre qu’il est important de contextualiser, le président affirmant qu’un promoteur est « content » si le délai d’écoulement se situe entre 10 et 12 mois. Grenoble affiche le délai le plus élevé du panel, avec 50 mois d’écoulement, un chiffre plus de 4 fois supérieur à l’objectif des professionnels.
Une situation qui, mécaniquement, fait baisser la part des logements retirés, passant de 22 % au T1 2026 à 14 % au T2 2026. Pourtant, ce rare paramètre positif est vite expliqué par Pascal Boulanger : il ne s’agit que d’un effet technique lié au faible nombre de programmes lancés ces derniers mois, pas une amélioration. Pour se faire une idée, le chiffre normal devrait être situé « entre 3 et 5 % ».
Six mois après son entrée en vigueur, où en est le dispositif Jeanbrun ?
En début d’année, le dispositif Jeanbrun a été mis en place. Un statut du bailleur privé longtemps attendu par les professionnels de l’immobilier. À l’occasion, Pascal Boulanger nous avait accordé une interview en mars dernier, au cours de laquelle il balisait les objectifs du dispositif, et l’ambition d’une reprise pour le secteur « les conditions sont réunies pour que ce dispositif devienne un levier puissant de relance ».
Six mois après sa mise en place, des premiers constats peuvent être tirés, et ceux-ci ne répondent pas aux attentes placées en lui. Si ce nouveau statut avait pour ambition de pousser l'investissement sur 4 000 nouvelles réservations mensuelles, seules 100 à 200 en moyenne ont été constatées par les remontées de terrain de la FPI. « Un petit effet Jeanbrun » ironise Pascal Boulanger, bien conscient qu’un chiffre qui n’atteint que 5 % de son objectif initial est insuffisant. Il reconnaît d’ailleurs avoir été « très optimiste » : « Je croyais qu’on allait repartir sur une vitesse à peu près normale ».
Sur l’ensemble du semestre, les ventes aux investisseurs progressent de 19,4 %, à 6 573 logements. Elles étaient 28 097 au premier semestre 2021. Rapportées aux quelque 3 400 réservations mensuelles de 2026, les remontées de la FPI suggèrent qu’environ une sur dix passe aujourd’hui par le nouveau statut.
La FPI attribue ce démarrage lent à un contexte économique incertain, avec un PIB à l’arrêt au deuxième trimestre et une inflation remontée à 2,4 % en août.
À l’aube des élections de 2027, quelles perspectives pour le marché ?
Lors de notre entretien avec le président de la FPI, questionné sur les possibles futurs changements du dispositif Jeanbrun, il avait affirmé que « le temps de l'ajustement viendra si les faits le justifient ». Les faits, désormais, les justifient. Et pour ce faire, il compte sur le gouvernement pour inscrire les ajustements à la loi de finances 2027, avec notamment l’inclusion des maisons individuelles et le relèvement du déficit foncier du dispositif.
En dehors du dispositif Jeanbrun, Pascal Boulanger plaide pour plusieurs changements qui pourraient aider à relancer l’immobilier neuf. Tout d’abord, un rééquilibrage de la fiscalité, qu’il juge décourageante, voire « stigmatisante », prenant en exemple l’impôt sur la fortune immobilière notamment. Toujours selon le président de la FPI, il faudrait assouplir les règles du HCSF (Haut conseil de stabilité financière). Il appuie cela par les témoignages de banquiers qui affirment vouloir prêter, mais qui se retrouvent freinés par les règles en vigueur.
Pour finir sur une note positive, ou en tout cas teintée d’espoir, la FPI se satisfait de la place que prend le logement dans le débat public à l’aube de l’élection présidentielle 2027. Grand oublié de la campagne 2022, le logement semble revenu en haut de la pile, et le président de la FPI affirme faire tout ce qu’il peut pour qu’il y reste.
La conférence s’est achevée sur des excuses de Pascal Boulanger aux journalistes, pour la teneur des chiffres présentés. Un geste rare, qui dit l’ampleur du décrochage. Pour autant, ce marché atone n'est pas sans opportunité. Les prix restent stables, les taux immobiliers aussi et les stocks s'accumulent dans plusieurs métropoles, laissant une réelle marge de négociation aux acheteurs disposant d'un financement solide.
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