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La France peut-elle se soigner de son taux d'épargne pathologique ?

La France et l'épargne, et l'immobilier
La France peut-elle se soigner de son taux d'épargne pathologique ?

Au rang des maux de notre pays, il en est un qu’on ne désigne que rarement comme tel, et qu’on ne pourrait même pas prendre pour un atout majeur. Le niveau du taux d’épargne des ménages français, à près de 18 % du revenu disponible, est de loin le plus élevé d’Europe.

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Taux Empruntis relevés le 09/10/2026

On peut l’imputer à la prudence hors norme de nos compatriotes et à leur volonté d’assurer leurs arrières. Cette exception française de plus serait alors à mettre sur le compte d’une capacité plus développée que celle des autres nations de la Communauté à sécuriser l’avenir. On pourrait également attribuer cette pente à grossir le bas de laine à ce pessimisme national, pour ainsi dire culturel, qui tient lieu d’ADN et explique bien les indicateurs de notre économie.

Ceux qui le fustigent soutiennent que notre ressenti collectif ne serait pas conforme à la réalité et que nous serions incapables d’ouvrir les yeux sur nos atouts. C’était vrai et ce ne l’est objectivement plus. Sauf à prétendre par exemple que les marchés nous sanctionnent par paranoïa et qu’ils se trompent, négligeant nos nombreuses vertus. Qui nierait aujourd’hui que les fourmis aient quelque raison de l’être et que l’heure ne soit pas à la dépense ?

Avec les autres peuples du vieux continent nous partageons les peurs géopolitiques, mais sans doute notre situation des dernières années, que l’actualité n’arrange pas, sont-elles cause de cette tendance à mettre de côté pour assurer un avenir incertain. 

Pour réduire notre déficit public, la tentation de ceux qui nous gouvernent ou nous gouverneront pourrait bien être de toucher à l’épargne : par définition, elle est le fruit d’un effort. La taxer plus qu’elle ne l’est ferait courir le risque d’une désespérance collective. La baisse programmée des aides de toutes sortes va incontestablement conduire les ménages à utiliser une partie de cette épargne... sinon la totalité pour les plus fragiles, qui sont aussi les moins aptes à constituer l’épargne.

Et puis il y a la possibilité que les Français convertissent cette précaution en immobilier. Elle peut sembler se réduire avec les évolutions économiques du moment, hausse des taux d’intérêt, incertitudes fiscales au moment où se discute le projet de loi de finances pour 2027 au parlement, doutes politiques sur la conduite à venir du pays. Pourtant, il existe bel et bien des raisons de croire que l’épargne va se transformer pour partie significative en immobilier.

La première cause ne peut pas ne pas arriver : la probable forte correction des valeurs sur l’essentiel du territoire. La dégradation des fondamentaux de notre pays va inéluctablement mener à la décote des valeurs et créer des opportunités d’achat. Elle va s’ajouter à la dépréciation des actifs liée à la transition énergétique, réelle et qui ne connaîtra pas de retour en arrière.

Par ailleurs, la hausse des taux dans le cas d’un investissement locatif a des impacts bien moindres, les intérêts étant assimilés à des charges déductibles au plan fiscal et réduisant la base d’imposition.

En outre, les ménages sont fondés à s’inquiéter des évolutions de la fiscalité de l’épargne. Elle n’a aucune raison d’échapper à la tendance à surfiscaliser tous les actifs, sans compter que les moins productifs seront les plus exposés. Au cœur de cette crise de l’offre locative, les pouvoirs publics auront un minimum d’égards pour les biens d’exploration. Il y a de fortes chances aussi que le gouvernement, l’actuel ou le futur, soit conduit à favoriser l’accession à la propriété et les rares programmes des candidats à la présidentielle comportent tous des mesures en ce sens.

Le prêt à taux zéro premier enfant, l’exonération de droits de mutation à titre onéreux, les donations sans taxation pour aider des enfants à s’établir… L’imagination politique se mobilise au service de grandes causes, la relance de la natalité ou encore la préparation de la retraite par la capitalisation, le logement constituant la manière la plus naturelle de capitaliser. 

Et puis, il reste une réalité : le logement rassure. Il a en fait le même statut dans l’esprit des ménages que l’épargne de précaution, sans qu’ils le réalisent. Les études sociologiques nombreuses sur le rapport des Français au logement identifient ce lien singulier, entre attachement à l’usage et goût de la propriété, aussi pour transmettre et se prolonger au-delà de soi en quelque sorte.

C’est un actif d’espoir et de foi dans l’avenir, quand l’épargne témoigne du doute sinon de la désespérance dans le futur. L’un préempte l’avenir, l’autre ne l’écrit pas et le subit. Le sujet de la transformation en logement de l’épargne accumulée par les ménages français n’est pas seulement macro-économique, il est politique et ontologique pour la nation.  

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